EN LANÇANT « 60 jours, 60 nuits », le producteur Karl Zéro ne savait pas précisément où le mènerait cette aventure. On commence à comprendre pourquoi. Le feuilleton de télé réalité de Canal +, dont le troisième résumé hebdomadaire sera diffusé ce soir (21 heures), prend un tour de plus en plus inattendu. Contre toute attente, les deux héros se révèlent bien différents de l'image que l'on se faisait d'eux, le gentil Francis Lalanne volant progressivement la vedette à un Joey Starr plus pantouflard que prévu. Ce soir, on devrait voir le chanteur s'empiffrer de foie gras, rendre hommage à Léo Ferré et tomber en larmes devant un spectacle pour enfants. Quant au rappeur, on le suivra en rendez-vous d'affaires avec ses associés, animant une émission de radio depuis sa cave, puis cuisiné par Ardisson sur le plateau de « Tout le monde en parle ». Le plus insolite est à venir : les séquences filmées lors des fêtes de fin d'année, qui seront diffusées à partir de la semaine prochaine, devraient réserver leur lot de surprises.
]« Il se montre parfois un peu agacé par les caméras » Joey Starr aurait passé le réveillon de Noël absolument seul dans son pavillon, devant un plateau-repas, tandis que Francis faisait une fête d'enfer avec ses proches, au Canada, avouant au passage croire dur comme fer au Père Noël. Même contraste pour le Nouvel An. Le soir où le rappeur en short s'émerveillait comme un enfant des charmes exotiques de la Jamaïque, Lalanne prenait, lui, une « cuite » mémorable bras dessus bras dessous avec Sidney, l'ex-gloire du smurf, dans une fête en Normandie. « On va de surprise en surprise, soupire-t-on du côté de la chaîne. Là où Joey se révèle finalement très casanier, bougeant peu de son pavillon, on découvre un Francis parfaitement incontrôlable. Parfois, il ne dort que dix minutes toutes les deux heures... » Les six équipes techniques qui se relaient auprès des deux héros sont donc soumises à des rythmes très différents. « Joey se lève rarement avant 15 heures, explique-t-on d'un côté. Il sort un peu le soir et rentre chez lui. On peut le suivre facilement, même s'il se montre parfois un peu agacé par les caméras. » Rien de tel pour les équipes affectées à Lalanne. Voilà quelques jours, l'une d'elle a enduré un marathon de 72 heures en le suivant depuis Paris jusqu'à Bordeaux, Dax, Toulouse, Paris, Brazzaville, Libreville, Paris, Genève, Avoriaz et retour à Paris. « Un beau matin, précise-t-on, Francis a décidé d'aller dans le Sud-Ouest. On l'a perdu à Toulouse et retrouvé à Paris, où lui a pris une envie subite d'aller en Chine. Finalement, une fois à l'aéroport, il a pris un avion pour l'Afrique. L'équipe a dû changer ses billets au dernier moment pour suivre la cadence. Ce phénomène a déjà mis plusieurs techniciens sur les genoux. » Et il reste encore deux semaines de tournage...
Stéphane Bouchet, Le Parisien, samedi 18 janvier 2003
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60 jours 60 nuits ne fait pas des débuts fulgurants...
Le reality-soap est arrivé et l'audience n'est pas au rendez-vous contrairement à ce que laissait présager le succès de The Osbournes.
Les tribulations de Joey Starr et Francis Lalanne dans 60 jours 60 nuits, tous les soirs sur Canal+ en clair entre 20h10 et 20h30, attirent deux fois moins de téléspectateurs que ne le faisait la série H sur la même case horaire. Une moyenne de 750 000 téléspectateurs seulement s'installent devant leur petit écran pour regarder le rappeur à la voix rauque et le chanteur romantique, soit une part d'audience inférieure à 3%.
La programmation de la chaîne cryptée est donc loin d'être sauvée. D'après Marc-Olivier Fogiel dans On ne peut pas plaire à tout le monde qui recevait Joey Starr vendredi soir, il se murmure dans les couloirs de Canal+ qu'il y a eu en quelque sorte auto-sabordage de la part du rappeur par rapport à ce qui était attendu. Ce dernier a en gros répondu que l'audimat lui importait peu, qu'il était chanteur avant tout et qu'il avait déjà empoché son chèque.
www.actustar.com, lundi 13 janvier 2003 --------------------------------------------------------------------------------
Un premier épisode poussif
Grande question : « 60 jours-60 nuits », le « feuilleton réalité » de Canal + produit par Karl Zéro, qui montre deux personnalités du spectacle filmées en continu, sera-t-il franchement passionnant ? On en doutait fort, hier soir, à l'issue de la diffusion en crypté du premier volet, long d'une heure. Le contact des univers de Joey Starr et de Francis Lalanne, aux antipodes l'un de l'autre, est loin d'avoir provoqué les étincelles attendues, éteintes par trois quarts d'heure de présentation croisée avec amis, famille, maison, marottes et concerts de louanges. Ce zapping documentaire a eu assez vite un effet pervers : plutôt que de relancer l'attention, il la diluait dans un tricotage d'extraits brouillon et poussif.
Une chose est certaine. A peine sur les rails, l'émission ressemble d'ores et déjà à une entreprise de ravalement d'image. (...)
De son côté, Francis Lalanne peut bien déclarer qu'il a accepté de jouer le jeu « parce que ça va sans doute déranger plein de monde », on a du mal à percevoir la nature du dérangement. L'ami de Franck Leboeuf, collectionneur de figurines, fond pour les enfants, se roule par terre avec ses chiens léchants et découvre la maison que lui a mijotée son épouse Stella comme un bon petit plat. « Ah ! T'as mis le bureau là ? Génial. Comme ça je vous vois pendant que j'écris. » Côté dialogues, rien de palpitant non plus. Pour Lalanne, « l'épicière est jolie dans sa jolie boutique qui sent bon ». Quant à Starr il déclare : « Je me suis toujours dit que que suis humain. Et vivant en plus. » Formidable.
Pierre Vavasseur, Le Parisien, dimanche 05 janvier 2003